samedi, 28 février 2009
GRENIER, Christian. Mercredi mensonge. Bayard jeunesse, "MilleZime", 2004, 143 p.
GRENIER, Christian. Mercredi mensonge. Bayard jeunesse, "MilleZime", 2004, 143 p.
Isabelle est fille unique. Elle n'a pas encore 16 ans, rentre en 3e, est secrétement amoureuse de son meilleur ami, vit avec ses parents dans un petit appartement de banlieue parisienne et a un grand-père : Papy Constant.
Tous les mercredi sans exception, Papy Constant rend visite à son fils, sa belle-fille et sa petite fille. Il arrive à midi précise, boit son café, écoute un peu de musique et part à midi et demi tapante. Rien en peut perturber ce rituel hebdomadaire.
Deux grands événements vont bouleverser cet équilibre : Vivien, le père d'Isabelle, est muté à Lyon et Marine, sa mère, apprend qu'elle est enceinte.
Sans consulter Isabelle, ils décident de déménager à Lyon. Mais pour ne pas perturber le grand-père, vieux et malade, ils décident de ne rien lui dire. Toute la famille s'enferme alors dans un cycle de mensonges et de machinations pour continuer d'acceuillir Papy Constant, chaque mercredi, dans leur ancien appartement.
Il est difficile de rendre justice à ce livre dans un résumé. Il y a deux personnages principaux : Isabelle, narratrice à la première personne, et Papy Constant.
D'une part, on a ce rituel du mercredi que la famille d'Isabelle va maintenir à tout prix, s'enfermant dans un mensonge qui devient de plus en plus gros. A la base, il s'agit de protéger le grand-père. Au final, on lui cache l'arrivé d'un nouveau petit fils pour ne pas avoir à lui avouer qu'il vit à des centaines de kilomètres de chez lui.
En parallèle de cela, Isabelle essaie de se construire. Elle souffre de l'habitude familiale d'en dire de moins possible et de garder tout pour soi. Elle découvre la grossesse de sa mère et n'ose pas poser les questions. Pourquoi cet enfant ? Est-ce un accident ? Ses parents l'avaient-ils voulu ? Elle ne veut pas quitter sa vie actuelle, son grand-père et surtout, Jonathan, son meilleur ami dont elle est amoureuse depuis si longtemps. Mais personne ne lui demande son avis ni ne pense même à lui expliquer ce qui a été décidé. Ses parents l'ignorent complétement. Elle déteste la situation, souffre de devoir mentir à son grand-père. Elle va finalement vivre son histoire d'amour, mais en secret et à distance.
Ce livre parle aussi de la vie dans ses différents stades : naissance du bébé, adolescence et premier amour d'Isabelle, la vie d'adulte actif des parents avec ses responsabilités et ses difficultés, la vieillesse de Papy Constant, puis sa mort.
Cette chronique familiale sobre est très touchante. En moins de 150 pages mais sans pour autant se précipiter, ou laisser de temps mort, elle fait réfléchir sur les rôles et la place de chacun au sein d'une famille. On n'y donne pas de leçon ni de recette miracle. L'écriture est agréable, le rythme bien dosé.
Collège et lycée, élèves et profs, le sujet touche tous les âges, tous les publics, l'écriture facile à lire mais de bonne qualité permet de le mettre entre toutes mains.
Propositions de descripteurs motbis : adolescence / personne âgée / vieillissement / famille / relation parent-enfant / relation grand-parent-enfant / naissance / petite enfance / amitié / amour / jalousie / mensonge / mort : biologie / France / vie / vie familiale / vie quotidienne
+ en mot-clé : déménagement
mercredi, 19 novembre 2008
LEPINE, Estelle, Demain l'année prochaine
Pour commencer, pour créer une première catégorie et parce que cela va de soi, parlons lecture. J'adore lire et c'est comme ça que je suis venue à ce métier, par le livre. Je n'ai découvert la part de pédagogie de ce travail qu'après avoir décidé de passer le concours, et ça n'a rien gaché !
Je vais donc tenter de faire régulièrement des critiques de livres, sans prétention aucune. Je pense me concentrer sur mes coups de coeur. Et si j'ai le temps, sur le reste.
Je commence avec une de mes dernières lectures conseillers par une copine libraire.
LEPINE, Estelle, Demain l'année prochaine, Seuil Jeunesse, "Chapitre", 128p.
En cette fin d'été, à neuf jours de la rentrée, Mélanie (bientôt 13 ans) attend avec impatience le retour de sa grande soeur Léna, partie trois semaines en colonie de vacances. Elle a hâte de retrouver leur complicité, leurs jeux et leurs confidences. Mais la Léna qui revient n'est plus la même. Renfermée, boudeuse, solitaire, Mélanie ne reconnaiî plus sa soeur. Tout en gérant une situation familiale complexe (une mère qui travaille beaucoup, un père au chômage qui passe ses journées entières sur Internet à la recherche d'un emploi, un petit frère dont elle s'occupe presque seule), Mélanie cherche à comprendre ce qui a pu arriver à sa grande soeur pendant ces trois semaines de vacances.
Un récit à la première personne qui traite de l'adolescence avant tout. Mélanie a bientôt 13 ans et des préoccupations de fille de son âge : le garçon sur lequel elle craque et à qui elle n'ose pas parléer la honte de ses fesses qu'elle trouve trop grosse, ses règles qui arrivent pour la première fois. En trois semaines de colonie, Léna, elle, est tombée amoureuse, a pris sa première cuite, a bravé des interdits. En parallèle, elles doivent assumer une situation familiale difficile. Mélanie accepte sans se plaindre d'aider à la maison, elle s'occupe de son petit frère, participe beaucoup au ménage, prépare les repas pour tout le monde. Léna, elle, se rebelle contre cette situation qu'elle juge anormale. Les parents ne savent plus comment s'y prendre : la mère enchaine les heures supplémentaires pour pouvoir faire vivre la famille, le père s'enlise dans sa recherche d'emploi et dans ce qui ressemble à une dépression même si elle n'est jamais nommée comme telle. Ils tatonnent et ne savent pas forcément comment s'y prendre avec leurs filles.
On a à faire à une chronique familiale très réussie qui interroge sur la place de chacun au sein d'une famille et d'une fratrie. L'égoïsme de Léna est mis en parallèle avec l'altruisme de sa jeune soeur pour qu'on comprenne qu'il s'agit de trouver un juste milieu à ces comportements. Tous les adolescents peuvent se reconnaitre dans l'un ou l'autre des personnages.
La fin assez ouverte ne donne pas de recette miracle. Le livre cherche plutôt à faire réfléchir et mets en avant les difficultés qu'il faut surmonter.


